Randonnée en Forêt de Benon – 30 Septembre 2019

En passant par Bénon…

Depuis les Eprinchards, la piste en sous-bois suit en parallèle la N11 sur un parcours balisé et soigneusement mis en valeur par l’ONF. Souple au pas, parfumée à l’humus humide (ou au cèpe comme aimerait nous le faire croire Bernard), la piste nous mène droit au lieu-dit bien nommé la Pointe (du bois).

Elle bifurque et continue, toujours en sous-bois, le long de la route entre Benon et la Laigne jusqu’à une sombre sapini2019_Benon 5ère.

Une laie toute droite la longe et mène le groupe à l’orée du bois. Une perspective s’ouvre sur le haras édifié par la comtesse du CAYLA au lieu-dit la Bâtisse. C’est un superbe corps de bâtiment à étage, parfaitement épuré et flanqué de 2 ailes à vocation d’écuries.

Puis, on se dirige vers Benon au travers de la plaine cultivée, bordée par les bois du Breuil. On l’atteint par Beaumont pour rejoindre rapidement l’église. Jolie place bordée de maisons claires et de murs ‘à pierres vues’ et, en limite du village, la fameuse tour de l’horloge au pied de laquelle, réunis, nous écoutons attentivement Bernard car l’histoire de cette tour vaut d’être contée… (lire plus loin)

D’un pas allègre, le groupe se dirige vers la forêt par le chemin de la Ronde et le sentier sous-bois nous ramène tranquillement vers le lieu de rassemblement. Randonnée sympa de 11 km sous le soleil.

Merci à Hélène et Bernard G.

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Haute de 18 m, dotée d’une horloge au cadran unique et surmontée d’un kiosque, à la manière d’un phare, son édification résulte d’un long conflit judiciaire qui a opposé la comtesse du CAYLA aux habitants de Benon. Son cadran n’est visible ni de l’église, ni du centre du village et pointe vers la campagne et les bois voisins.

Zoé Victoire TALON, devenue par mariage comtesse BASCHI du CAYLA, a 35 ans en 1820 lorsqu’elle achète 2 167 ha de forêt et une partie de village de Benon. Zoé Victoire est la fille d’Antoine Omer TALON, magistrat et pair de France, incarcéré en 1804 sous le Directoire pour avoir entretenu des relations avec les royalistes et la Cour. Cette fille aimante est notamment devenue la maîtresse de FOUCHER, ministre de l’Intérieur, pour obtenir la libération de son père malade en 1807.

En 1820, alors qu’elle joue à la fermière à Benon, cette femme d’esprit et pleine de bien d’autres talents, est la favorite et l’égérie du roi Louis XVIII qui la dote richement et lui offre le château de Saint Ouen. Femme d’intrigues, elle occupe une situation de tout premier plan à la Cour et au sein de la famille royale.

A Benon, son domaine est géré avec fermeté et ses relations se dégradent rapidement avec la population locale. En 1828, elle s’approprie des chemins au mépris des droits ancestraux concédés aux benonais. Leurs doléances ne sont pas entendues et, faute d’accord sur leurs droits acquis, l’affaire est portée en justice devant le tribunal de LA ROCHELLE.

Pour autant, toute méprisante qu’elle soit, Mme du CAYLA ne se désintéresse pas de l’activité et du bien-être de la population. En 1838, elle correspond avec Louis Benjamin FLEURIAU, le célèbre naturaliste rochelais, sur les ouvrages à mener pour assécher les marais et élargir le canal de la Banche. Elle soutient l’éradication des loups et finance même leur destruction.

Mme du CAYLA s’éteint en 1852 et ne verra pas l’issue de son procès. Sa fille, Ugoline, devenue par mariage Princesse de BEAUVEAU-CRAON, reprend vigoureusement l’instance interrompue par le décès de sa mère et dirige notamment sa colère vers l’avocat de la commune qu’elle insulte publiquement.

Au final, en 1877, après un demi-siècle de procédure, la cour d’appel de POITIERS condamne la princesse à rétablir la totalité des droits bafoués et à verser des dommages et intérêts à l’avocat de la commune.

Ce dernier offre son dédommagement à la commune pour l’édification d’une fontaine publique ou l’établissement d’une horloge sur le clocher de l’église. Mais l’évêché et la cure, soucieux de préserver les généreux subsides versés par la princesse pour l’aide des nombreux nécessiteux de la paroisse, se gardent bien d’accepter la pose de l’horloge sur le clocher.

Le projet d’une tour-horloge, soumis au conseil municipal, est entériné par une majorité de 6 conseillers. L’horloge est installée de façon à n’être vue ni du château, ni de l’église comme un défi à la princesse. Comme la tour seule coûte 5 fois le prix de l’horloge, la sagesse populaire la surnomme « la tour des six-sots » du nombre d’élus qui ont porté ce projet.

Pour indiquer que la tour est le fruit d’une décision judiciaire, l’architecte fait graver au fronton de la porte une balance, symbole de justice.

En 1895, la plus grande partie du domaine de CRAON est dispersée en vente publique, ce qui explique la parcellisation extrême de la forêt de Benon.